Impossible d’ignorer l’influence des moines bénédictins dans l’essor du Munster gérômé. Dès le VIIe siècle, ils favorisent l’élevage de vaches vosgiennes (petites, résistantes, idéales pour l’altitude) et organisent les premières fermes d’altitude pour subsister durant les longs hivers. On raconte que chaque ferme fabriquait son gérômé afin d’assurer, en quelque sorte, « son identité gustative » (source : AOP Munster, Syndicat Interprofessionnel du Munster).
Au XXe siècle, la France produit environ 7 000 tonnes de Munster chaque année, dont la moitié est estampillée « gérômé ». Des familles entières se transmettent encore la recette originale. Chiffre qui fait sourire : un fromager vosgien produit en moyenne 25 à 30 fromages par jour en ferme, contre plusieurs centaines pour une laiterie industrielle… La main de l’homme et la météo du plateau font la différence !
Plus récemment, le Munster gérômé a inspiré des chefs étoilés. En 2015, Emmanuel Renaut (Le Flocons de Sel, à Megève) signe une raviole de Munster gérômé truffée, tandis que le chef lorrain Michel Roth l’accorde avec des ravioles de légumes et une pointe d’anis sauvage. À preuve : même sur les plus grandes tables, ce fromage « paysan » n’a rien perdu de sa superbe.